Spécial Cannes

Lundi 22 mai 2006 1 22 /05 /Mai /2006 15:31

Lundi 22 avril 2006, 10 h 15

Week-end marathon

Quelle cavalcade, ces deux derniers jours !…

Samedi matin, je zappe le Nicole Garcia, je flaire le film gaulois, bavard et masturbatoire. Bonne pioche, c’est peu ou prou ce que les rares courageux de ma connaissance qui s’y seront aventuré auront comme analyse. D’aucuns préfèreront même ses films précédents. J’ai donc doublement bien fait de passer mon tour ! Surtout que ça m’a permis d’arriver dans la file d’attente de “ Shortbus ” avant la cohue. “ Shortbus ”, une attaque frontale contre le puritanisme purulent US, un film aussi drôle qu’explicite. Au bout de cinq minutes, un homme s’auto-fait une gâterie et s’éjacule sur le visage, filmé par son voisin d’en face, voyeur effaré !… Plus loin, dans une scène de cul avec trois homos mâles, nous avons droit à un 69 + le troisième larron littéralement la tête dans le cul de celui du dessus. Celui-là même qui lui dit “ Merde, tu dis rien ? ” ou un truc du genre ; et ça se finit par l’hymne américain chanté à tue-tête, les deux premiers avec un service trois pièces dans la bouche, le dernier toujours la tête dans le… cul ! Hilarant !… Et tout le film est comme ça, une sorte de partouzage ultime, inégal, un peu bancal, mais réellement extraterrestre. Je ne sais pas quand le film sortira, mais ça fera sans doute grand bruit dans notre monde de coincés.

J’enchaîne un quart d’heure plus tard avec “ Avida ”, le nouveau film de nos potes Gus Kervern et Benoit Delépine, from Groland incorporated. Encore plus réussi que leur premier essai (“ Aaltra ”), “ Avida ” est une perle de surréalisme, un hommage à Dali ou à Bunuel. Dès que je sors de la projo, je fonce féliciter les deux larrons, déjà bien imbibés (surtout Benoit, qui finira sa soirée au travers d’une haie !).

Troisième film de la journée et, encore dans un style différent, une bonne surprise, enfin une confirmation de plus pour être tout à fait exact, avec “ Bled Number One ” de l’Algérien Rabah Ameur-Zaïmache. Grosse émotion de l’équipe après cinq minutes de standing ovation, dont l’ami Abel Jafri, que je passe embrasser et féliciter comme il se doit, avant de partir cavaler à l’autre bout de la croisette. “ Bled Number One ”, c’est la France vue de l’Algérie, mais pas que. C’est un voyage, un peu passéiste mais pas trop, quasi-documentaire parfois, une plongée sous apnée, hypnotique par sa lenteur, mais jamais rébarbative. Il y a aussi deux scènes plus oniriques, avec Rodolphe Burger de Kat Onoma, sa guitare saturée et son ampli, sur une colline, en train de faire pleurer son instrument, dont un superbe contre-jour final. Vraiment bien.

Dimanche, je suis dès 8 heures du matin dans la grande salle pour “ Southland Tales ”, le nouveau film de Richard Kelly (“ Donnie Darko ”) attendu avec impatience par nous autres braziliens. Résultat plus qu’en demi-teinte. Là où j’attendais un film ambitieux, je supporte tant bien que mal un film prétentieux, bavard (une voix surligne ce qui l’a déjà été quinze fois à l’image, comme si nous étions des demeurés). Le scénario est une accumulation de couches, c’est très mal joué (il faut voir aussi le casting : Sarah Michelle Gellar, The Rock et Christophe Lambert, il ne fallait pas s’attendre à des étincelles non plus, seul Justin Timberlake est vraiment bon) et, pire, ça se raccroche à des branches grosses comme des troncs d’arbre. Tout ça sur plus de deux heures et demie, interminable calvaire matinal (pas mal de monde est parti avant la fin, d’ailleurs).

Dans la foulée, je pars enregistrer quelques âneries de Gus Kervern et Benoit Delépine pour le prochain numéro. Plus sobres que la veille (Gus est quand même semi-comateux), ils parlent bien de leur film et je suis content à l’idée de savoir que ces propos seront rapportés dans nos colonnes… Un peu plus tard, pendant une session photo pour les “ Inrockuptibles ”, Benoit demande un peu inquiet à l’attachée de presse…

- Euh, hier, pendant l’interview avec Radio Nova, je n’ai pas un peu tripoté une fille…

- (elle, assez emmerdée) Euh, oui, tu avais quand même la main dans sa culotte…

- Ah, quand même !… Qui c’était !…

- La co-présentatrice…

- Ah, QUAND MEME… Heureusement que ça n’était pas filmé !…

- Mais ça l’était, ça sera sur leur site internet dans la soirée…

Quelques rendez-vous plus tard (eux aussi plutôt… hum… “ liquides ”, je m’assoupis gaillardement à la projo du Kaurismaki (“ Les lumières du faubourg ”), pas son film le plus excitant (enfin, pour le peu que j’en ai vu)…

That’s all (ah oui, y’avait aussi le dessin animé “ Nos voisins les hommes ”, je n’ai pas grand-chose à en dire, c’est sympa, plutôt bien dessiné, voilà, emmenez vos gosses si ça vous chante).

Par Christophe Goffette - Publié dans : Spécial Cannes
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Samedi 20 mai 2006 6 20 /05 /Mai /2006 03:09

Vendredi 19 avril 2006, 22 h 44

Journée en demi-teinte…

Curieuse journée, vraiment, avec trois films moyens-moyens. “ Volver ” le Almodovar nouveau, tout d’abord. Ce n’est pas le Almodovar de trop, tout de même pas, mais il n’apporte rien. Il nous remet une couche d’espagnolades colorées, de son amour des femmes (plusieurs générations, pour le coup). C’est gentillet, pas déplaisant, on ne s’ennuie pas malgré quelques longueurs (deux plombes de métrage, un quart en trop, à la louche). Faut quand même supporter l’insupportable Penelope Cruz (heureusement que la brillantissime Carmen Maura relève sérieusement le niveau).

Plus tard, hors compétition, “ Requiem For Billy The Kid ” ne me fait pas regretter de sauter le déjeuner, tout de même pas, mais manque un peu de contenu, de profondeur. Ce docu-fiction suit donc l’enquête, 123 ans plus tard, de deux shérifs qui tentent de prouver que Billy The Kid n’aurait pas été tué par Pat Garrett. Peckinpah s’en retourne dans sa tombe et ceux qui vivent de la légende grincent des dents. Kris Kristofferson, qui était le Kid dans le Peckinpah justement témoigne (ainsi que le scénariste et des descendants) et est aussi la voix de Billy. Une voix qui répond parfois à celle de la narratrice. Une fantaisie et une recherche de décalage qui loupe un peu le coche, de même que tout ce qui est entre les lignes (l’importance des armes à feu dans les états du sud, comment le temps semble s’y être arrêté, etc.) mériterait d’être davantage souligné. Au final, c’est plaisant, mais peut-être pas assez dense. Je m’en irai cuisiner la réalisatrice, mais aussi les deux shérifs (qui prenaient l’avion pour la première fois, je sens que ça va être gentiment folklo, je les ai croisés vaguement tout à l’heure, de véritables caricatures sur pattes !) demain ou après-demain.

Enfin, “ Red Road ”, grosse déception… Le film se traîne lamentablement pendant une heure et demie (sur deux heures) puis expédie son dénouement, hop, bon débarras. Déséquilibre du scénario ou occasionné par un laxisme exacerbé pendant le montage ? Mystère, boule de gomme et pavé de lieu grillé avec juste un filet d’huile d’olive et fleur de sel (mon plat fétiche cannois !)…

L’aspect positif, ce sont trois interviews passionnantes, dont deux retrouvailles. La première avec Sylvain Chomet, qu’on voit trop peu puisqu’il habite à Edimbourg en Ecosse depuis de nombreuses années, avec Alexander Payne, un de nos chouchous (et sans contestation possible le segment le plus touchant de “ Paris je t’aime ”). Enfin, rencontre à rallonge (une heure trente, dans le cadre de Cannes, c’est un exploit) avec Vincenzo Natali. Nous avons le même âge (born in 69), un pote en commun (Gilliam) et donc immédiatement eu plein de choses à nous raconter. Je le revois avant la fin du festival pour une interview filmée qui sera utilisée pour les bonus DVD de “ Tideland ”. Vous savez tout… ou presque ! Bon, c’est pas tout, mais il est bientôt 23 heures et il fait terriblement soif, I gotta go !…

Par Christophe Goffette - Publié dans : Spécial Cannes
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Jeudi 18 mai 2006 4 18 /05 /Mai /2006 22:33

Jeudi 18 avril 2006, 22 h 22

Terre, terriens, bouse, bouseux…

Finalement, c’est thématique, on passe de “Da Vinci Crotte” à la bouse de vache ! Dans le très secoueur de cocotier “Fast Food Nation” de Richard Linklater, vu à 17 heures aujourd’hui jeudi un as du marketing (Greg Kinnear) part enquêter dans une usine abattoir à la frontière musicale, car les derniers tests effectués sur les très populaires hamburgers Big One de chez Mickey’s (sic !) laissent apparaître un taux anormal de… merde, dans la viande ! À cela s’ajoute, en parallèle, l’histoire de ces mexicains qui passent la frontière pour aller travailler chez l’oncle sam, notamment dans cette fameuse usine. Le film est caustique, aussi drôle que grinçant, et tape vraiment sur la société de consommation en générale, le maître étalon US en particulier. À noter les participations de Bruce Willis (dans un rôle d’enfoiré de première au pragmatisme plus qu’agaçant) et de Patricia Arquette, Kris Kristofferson, Ethan Hawkes ou encore Avril Lavigne !. Drôle de casting pour un drôle de film…

Un peu plus tôt, j’ai loupé la première projo de “ Taxidermia ”, un film hongrois visiblement bien barré (dixit Alex Masson toujours en pole position pour aller visionner les pires chtarberies) où notamment on peut voir un type s’auto-empailler et un autre se masturber dans sa baignoire, avec des flammes sortant par le bout de son service trois pièces en érection ! Malheureusement, je louperais la seconde projection demain, pour cause d’interviews multiples (notamment Vincenzo Natali et Alexander Payne)…

Toujours plus tôt (ouais, je vous le fait à l’envers aujourd’hui), je me suis payé l’amusant “ Ici Najac, à vous la terre ”, ode à l’anti-mondialisation, un film réalisé par un pote de Jeando Bernard (oui, notre Jeando Bernard !), par ailleurs résidant dans la région. Jeando a réalisé un entretien du réalisateur une semaine avant le festival, entretien que nous allons publier dans notre dossier Cannes, forcément. Et ce matin, le Loach, très bon, très loachien, en plein cœur de la révolution irlandaise des années 20, même que je vous en dirais bien plus si je n’avais pas rencard dans un quart d’heure à dix bornes d’ici…

Hop, la suite… à suivre !

Par Christophe Goffette - Publié dans : Spécial Cannes
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Jeudi 18 mai 2006 4 18 /05 /Mai /2006 09:03

Jeudi 18 avril 2006, 7 h 28

Da Vinci Crotte

Je vous l’ai promis, alors voilà, hop, je mets mon réveil dix minutes plus tôt pour vous raconter mes péripéties cannoises. Franchement, que je roupille 3 heures ou moins de 3 heures, ça ne changera pas grand-chose (suis arrivé cuicuit, anyway).

Comme tous les ans, ça commence doucètement, d’autant plus que, pour une fois, j’ai décidé d’arriver le mardi et non pas le mercredi. Marre de la cohue pour récupérer mon accréditation, notamment…

Bref, me voici donc embarqué mardi soir à la toute première projo de “ Da Vinci Code ”. Je n’ai pas lu le bouquin, je ne sais pas trop de quoi ça cause et, de prime abord, ça m’excite moyen, surtout le casting : Reno, Tautou, Hanks, franchement, pas de quoi grimper aux rideaux. Et puis, le film dure deux heures trente et comme déjà Ron Howard a tendance à tirer gravement à la ligne sur deux heures, j’imagine sans peine à quel point cela peut devenir interminable. Mais je suis un bon petit soldat et je vais tranquillement poser mes fesses dans la salle Debussy (comble et archi-comble, pas un strapontin de libre). Résultat des courses : un pur navet ! Avis partagé par tous mes petits camarades, ce que nous ne manquerons pas de dire aux télévisions, qui avaient mardi eu toutes ensemble l’idée de faire un micro trottoir. C’est assez piètrement réalisé (alors qu’Howard est plutôt un adepte du soupesé resoupesé normalement), totalement abracadabrantesque, très très bavard (tout le monde a roupillé son petit quart d’heure, moi plutôt deux d’ailleurs) et joué, mais alors joué, d’une façon totalement risible. D’ailleurs, au bout d’un moment une bonne partie de la salle était au bord de l’hilarité. Palme du non-jeu avec option regard bovin évidemment à Jean Reno, la plus grande escroquerie du cinéma français (pas étonnant qu’il tourne de plus en plus aux Etats-Unis).

Hier, mercredi, suis allé voir le collectif “ Paris Je T’Aime ”, qui ouvre la sélection “ un certain regard ”. Comme tous les films de ce type, il y a du bon, du moins bon et forcément aussi du mauvais. D’ailleurs, il est amusant de signaler que les réalisateurs qui nous les brisent sur un long-métrage arrivent à nous casser les couilles tout autant en cinq minutes (Olivier Assayas et Gus Van Sant, notamment, pour ne citer que ces deux plaies filmantes). Mes préférés : le court de Vincenzo Natali et son gothisme nocturne et vampirisme (avec Elijah Wood car la productrice Claudie Ossard ne s’est rien refusé) ; celui d’Alexander Payne, fidèle à sa poésie middleclass ; celui de Chomet, tendre et gentiment décalé… Jusque-là, j’ai tout bon puisque j’avais anticipé et demandé avant même de partir pour la Croisette à rencontrer ces trois metteurs en scène particuliers (ce sera fait demain vendredi). Bonne pioche aussi, avec le court des frères Coen, d’une drôlerie qui renoue avec leurs meilleures œuvres et ferait presque oublié le trop pipi caca “ Ladykillers ”. Mention spéciale à Steve Buscemi, vraiment très drôle. Enfin, excellente surprise que le court d’Oliver Schmitz, que beaucoup citaient au sortir de la projo comme leur préféré.

Voili voilou, il est temps pour moi d’aller voir ce que donne le Ken Loach cuvée 2006. Réponse demain, sans doute !…

Par Christophe Goffette - Publié dans : Spécial Cannes
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