Les extras du goof

Lundi 2 janvier 2006

2 janvier 2006, 18 h 49

Quand je n’aurais rien à raconter de spécial, ou pas le temps (comme c’est le cas aujourd’hui et probablement demain, avec le bouclage du bouclage du numéro de Crossroads à paraître mi-janvier), je mettrais en ligne des textes inédits ou rares ou pas finis (enfin, je veux dire, encore moins finis que ceux que j’ose publier), etc. Je vous entends d’ici : “ça sera toujours mieux que ces ronchonnades quotidiennes”. M’en fous, le mépris ne perce pas l’écaille de la tortue (ou si ce n’est pas ça, je n’en suis pas loin)… Anyway, voici une interview du réalisateur Nicolas Boukhrief (accessoirement, un bon pote), que j’avais réalisé, à sa demande, pour le dossier de presse du “Convoyeur”. Ce texte n’a jamais été montré ailleurs.

Nicolas Boukhrief : Tout a démarré par la rencontre entre l’idée de faire un long-métrage sur les convoyeurs et l’envie de réaliser un thriller. Avec Eric Besnard, on a travaillé à l’écriture du film pendant un an et, dès ce premier stade, le casting s’est imposé. Je connaissais Albert Dupontel depuis longtemps, je savais qu’il était fait pour le rôle principal. J’ai découvert Jean Dujardin, grâce à ma fille, qui est accro à “Un gars, une fille” et j’ai immédiatement trouvé qu’il avait un sens du tempo excellent. François Berléand a joué dans “Le Sourire du Clown ”, le premier film d’Eric. Il est donc rapidement et naturellement arrivé dans nos conversations. Et ainsi de suite…

Il n’y a donc pas eu de casting au sens habituel du terme…
Non, tous les acteurs auxquels nous pensions ont accepté de participer au projet…
 
Un film aujourd’hui, c’est trois années de la vie de son réalisateur, pourquoi alors ce sujet plutôt qu’un autre ?
En y réfléchissant, on s’est rendu compte qu’il était assez incroyable qu’il n’y ait jamais eu de films sur les convoyeurs de fonds, alors que ce sont des ouvriers qui, pour un salaire de misère, transportent des millions ! Ils ont un flingue, ce sont de vrais personnages de film policier et pourtant, à ma connaissance, leur univers n’a jamais été transposé sur grand écran. Aujourd’hui, faire un thriller ou une série noire est très délicat, car tous les mythes sont usés. Les personnages de flics, par exemple, ont totalement été accaparés par la télévision. Le côté inédit du sujet des convoyeurs a apporté son énergie propre, notamment parce que le caractère du film tient autant du film social que du film noir.
 
Il y a aussi l’angoisse de ces hommes qui peuvent se faire braquer à tout moment…
Exactement, c’était passionnant de plonger dans cette angoisse. Ces types se font quand même attaquer au lance-roquettes, alors qu’ils ont une formation minimale.
 
La diversité du film –polar, drame et peinture sociale en même temps- était-elle induite dans le sujet ?
Tout est basé sur un paradoxe, à savoir que les convoyeurs sont des petites mains dans l’échelle sociale, mais qui transportent le cash de tout le monde ! Il est d’ailleurs assez hallucinant de constater qu’ils ne soient pas mieux considérés, car s’ils se mettaient en grève de longue durée et cesser de distribuer le cash, Un chaos économique total s’installerait vite.
 
L’univers de ces convoyeurs est-il révélateur selon vous de notre époque : est-ce un monde en abrégé, un microcosme ?
Ce qui m’intéressait, c’était de faire un film sur l’entreprise. Dans ma propre vie, j’ai traversé une entreprise et cette approche-là m’attirait forcément. Une entreprise est une micro-société, d’ailleurs la plupart des gens sont plus impliqués dans la vie de leur entreprise que dans leur propre vie. L’univers de la banque pourrait être tout aussi passionnant, avec ses rituels, sa hiérarchie, mais il n’y a pas la même notion de danger sous-jacent et je tenais aussi et surtout à tourner un film de suspense.
 
L’une des forces du film est d’avoir sa propre vérité, de ne pas tomber dans le voyeurisme, l’exagération ou la manipulation…
La raison en est simple : avant de nous attaquer au scénario, nous avons fait faire une enquête très sérieuse par une journaliste. C’est un milieu parano et ils avaient refusé de nous parler à nous, gens de cinéma. C’est à travers cette enquête et les circonstances un peu particulières dans lesquelles elle a été faite –coups de fil, re-coups de fil, rendez-vous dans des bars- que nous avons compris le monde des convoyeurs. C’est pourquoi beaucoup de ce qui est décrit dans le film est vrai : les salaires, les conditions de travail, la désespérance, la mise en danger des gens, les endroits non sécurisés, etc. Au départ, mon idée était uniquement de faire un thriller sur ces convoyeurs, mais l’enquête nous a amené à développer le fond social du film.
 
Malgré tout cela, le film intègre aussi des éléments comiques…
Je ne voulais pas oublier cette dimension, à savoir que souvent il ne reste à ces gens-là que leur sens de l’humour. Je les voulais donc le plus humain et vivant possible, c’est pourquoi ils se vannent et se charrient en permanence. Grâce aux acteurs, Le Convoyeur a pris durant le tournage un petit côté comédie italienne : il commence dans la drôlerie et se termine dans le drame.
 
Est-ce que ce qui vous a attiré chez Albert Dupontel est le fait qu’au-delà de l’acteur –exceptionnel-, c’est aussi un auteur et un cinéaste ?
Ce que j’aime chez lui, avant tout, c’est l’énergie pure qu’il dégage. Il est incroyablement intense… Et c’est un sacré bosseur ! Il a vraiment préparé ce rôle, physiquement, pendant des mois. Et, cerise sur le gâteau, il est ultra-exigeant, ce qui est l’idéal en tant que metteur en scène, car cela oblige à une concentration de chaque instant. Avec quelqu’un comme Albert, il faut toujours faire des propositions qui soient maximales et être en permanence sur la brèche. Au final, j’ai eu le sentiment d’avoir avec lui une entente totale.
 
Malgré sa violence, Le Convoyeur ne tombe jamais dans la gratuité : l’action sert le récit et le récit sert son propos… Quand avez-vous été convaincu d’avoir réussi à dompter cet équilibre précaire ?
Je ne voulais pas m’encombrer de sous-thématiques ou partir dans des choses trop compliquées : l’histoire est assez simple, finalement. Et il fallait qu’elle soit simple, c’est le propre du film de genre que de se diriger très précisément vers un effet précis, ici le suspense.
 
Il y a une forme d’égalité entre tous ces convoyeurs, de fierté commune presque…
C’était important de ne pas avoir de faire-valoir, mais de créer une communauté humaine. À partir du moment où j’avais écrit pour ces acteurs et où j’avais été les chercher, je trouvais ça assez malsain qu’il y ait une hiérarchie entre eux. D’ailleurs, pour renforcer l’esprit de groupe, ils ont tous été faire un stage de karaté d’une semaine ensemble, stage auquel ni moi ni Albert ne sommes allés. Connus, pas connus ; jeunes, moins jeunes ; ils se sont tous retrouvés en kimono dans un dojo ou à poil dans les vestiaires et ça les a égalisés. Ils se sont habitués à vivre ensemble, en communauté. Chacun avait trouvé sa place dans le groupe et le groupe un certain équilibre, équilibre que l’arrivée de Dupontel pouvait chambouler, sur le plateau comme dans le récit…

Par Christophe Goffette
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Mardi 3 janvier 2006

Mardi 3 janvier 2006, 9 h 38

Voici la suite (et fin) du dossier de presse du Convoyeur, avec l’interview de ce cher Albert Dupontel. Un jour, je vous dirai dans le détail tout le bien que je pense du bonhomme… Pour l’instant, voici ce qui, curieusement, est notre seul entretien publié. Vous noterez d’ailleurs l’emploi du vouvoiement très hypocrite pour des mecs qui, à ce moment-là, se voyaient en moyenne une fois par semaine. Pour rappel, ceux qui ont acheté le tout premier numéro de “Brazil” se souviendront sans doute que la toute première page de ce numéro 1 lui était symboliquement consacrée. C’était quelques mois avant que je ne le rencontre (je vous raconterai ça aussi, c’est plutôt amusant)… Voilou, pendant ce temps-là, je m’en vais terminer les dernières corrections, réglages, etc., de Crossroads #39, qui paraîtra un peu avant la mi-janvier…

“Je connais Nicolas Boukhrief depuis une bonne dizaine d’années. Je l’ai toujours beaucoup estimé, notamment parce qu’il est l’un des membres fondateurs de feu-Starfix, une revue qui a fait dans les années 80 mon éducation cinéphilique. C’est grâce à ce magazine que j’ai connu Verhoeven, Friedkin ou encore les frères Coen. Je n’avais pas pu répondre présent pour ses deux précédents films, mais me voilà à l’affiche du Convoyeur”…

Est-ce que ce qui vous a attiré est le fait que ce soit d’abord un film de genre ?
Oui, je n’avais pas envie de tourner dans une œuvre trop thématique ou trop cérébrale. Le Convoyeur est avant tout narratif et surtout extrêmement fouineur et malin. Le sujet du film et la façon de le faire sont restés très humbles et entiers en même temps, c’est pour moi un parfait équilibre entre un discours sur le cinéma et le fait de se mouiller, de faire du cinéma, justement.

Avez-vous adhéré tout de suite au film et au rôle qui vous était proposé ?
Oui, complètement. J’ai marché à la lecture, j’étais dedans ! Ce rôle est épatant et il était merveilleusement écrit, il n’y avait plus qu’à le jouer. Et, comme j’avais entièrement confiance en Nicolas, qui est un type intelligent, j’avais aussi envie d’être disponible…

Vous dites souvent que vous tournez pour vous défouler, ici c’est sans doute encore plus prégnant, non ?
Oui, définitivement. Chercher de l’argent pour monter mes propres films est devenu un véritable labeur, fatigant, lassant, trivial et forcément peu intéressant, mais nécessaire puisque obligatoire. La chance de pouvoir faire l’acteur chez les autres me permet de me défouler psychiquement et physiquement, tout en abordant des univers que je n’aborderais jamais en tant qu’auteur. Le tournage est vraiment passé à la vitesse d’un éclair, je n’ai pensé à rien, c’était très reposant, et d’autant plus d’être sur un plateau sans en avoir la responsabilité.

Quel a été votre éventuel apport par rapport au scénario que vous avez lu, avez-vous demandé à réécrire beaucoup votre rôle ?
Non, pas du tout, le film tel qu’on peut le voir est très proche du script. On a beaucoup parlé avant, j’ai suggéré quelques modifications, mais uniquement sur des points de détail, que Nicolas changeait ou non, selon son idée. La seule véritable question que l’on s’est posé, c’est par rapport au moment où devait être révélée la véritable motivation de mon personnage, car le film est bâti autour de ce suspense qui, en filigrane, tisse sa toile entre les personnages et les scènes.

Il y a beaucoup d’ambiguïté autour de votre personnage, tout se joue sur de petits détails. Est-ce que c’était aussi casse-gueule à jouer que ça en a l’air quand on voit le film ?
J’ai toujours pensé que le rôle faisait l’acteur et pas l’inverse ; et c’en est un exemple de plus. Une fois que le rôle est cohérent, ce qui est le cas ici, il suffit d’être disponible et à l’écoute. Je suis tellement encombré par mes névroses personnelles, que je laisse les personnages venir à moi, car si je devais me mettre à nu, de façon un peu directe et crue, on ne verrait que ça et plus du tout mon personnage. Ce qui est intéressant devant une caméra, c’est ce qui nous échappe. Il faut faire le vide et s’ouvrir à quelqu’un d’autre. Ce n’est pas si simple que ça. Le “vrai” acteur le fera sans doute plus facilement que moi, parce que j’ai mon petit discours et que je dois mettre au rencard pour m’approprier celui d’un autre. Il faut se laisser pénétrer, au sens intellectuel du terme…

Avez-vous beaucoup préparé le rôle physiquement ?
Oui, j’ai fait énormément de sport, afin de ne pas avoir à jouer la force, mais l’émotion. Manifestement, ce type a une tâche physique à faire, mais tout le jeu s’est situé au niveau de sa fragilité ; ça s’est donc fait comme je le disais tout à l’heure sur une ouverture provisoire au personnage et à l’univers du réalisateur. Je n’ai pas de recette d’acteur, chacun fonctionne sur un mode particulier, moi c’est vraiment me désencombrer de moi-même.

Le film est très équilibré entre narration et docu-drama, entre ce qui est montré et ressenti, entre psychologie et violence : tout ceci était-il facile à intégrer au rôle et à équilibrer ou rééquilibrer en permanence ?
Quand on tourne, on est comme un soldat qui appartient à une vaste offensive. On fait notre boulot du mieux possible et ce n’est qu’après qu’on se rend compte si on a gagné la bataille ou pas et si notre propre mouvement a été important ou non dans cette victoire. Le général, cela reste le metteur en scène ! En tant qu’acteur, ce n’est pas l’esprit critique qui doit prédominer et il ne faut pas aborder les choses de façon béate et passive non plus. Il suffit d’être le plus sincère possible avec son texte, son rôle et sa position dans l’histoire qui est racontée. Et cette histoire-là se joue sur une multitude de nuances, c’est un film multi-facettes, toujours sur le fil du rasoir, mais qui ne se casse jamais la gueule.

Vous ne semblez pas avoir d’ego en tant qu’acteur…
Non, aucun, c’est vrai… J’en ai un en tant qu’auteur metteur en scène, c’est évident, mais pas comme un acteur. Il faut rester humble et se mettre au service du réalisateur avec qui on a décidé de travailler. Un personnage, c’est moi avec un masque. Je ne dirais pas que je m’en fous, mais critiquer mon travail d’acteur me touche moins que quand il s’agît de mes propres films. Ce n’est pas de la fausse modestie et d’ailleurs je m’intéresse plus au film fini qu’à ma prestation. Quand j’ai vu Le Convoyeur, c’est vraiment le film dans sa globalité que j’ai jugé, pas moi. Et ce film, il me plaît et je suis fier d’y avoir contribué…

Par Christophe Goffette
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Jeudi 5 janvier 2006

Le jeudi 5 janvier 2006, 20 h 28

Journée de merde (ma grand-mère à l’hosto depuis ce matin, entre autres mauvaises nouvelles), pas spécialement envie de faire le mariole aujourd’hui… Je vais donc vous “offrir” le seul édito à ne pas avoir été publié. Je vous ravive la mémoire. Il y a quelques années, ça devait être dans Compact, je fais un édito incendiaire contre certains attachés de presse. Quelques jours après publication, je reçois un coup de fil, ce que je raconte dans le texte qui suit. Ce texte, je le montre à une très bonne amie chez EMI. Comme c’est une très bonne amie, une vraie, une des rares que j’ai dans ce milieu, et qu’elle me supplie de ne pas le publier, je l’ai mis de côté. Aujourd’hui, je vous le livre tel quel, en enlevant seulement le nom de ce grossier personnage, qui a bien du être débarqué depuis, parce que de mémoire, il était assez amusant. Enjoy !…

Cher Machintruc (ici figurait donc le nom de ce brave gars),

Un petit plaisantin m’a appelé la semaine dernière en se faisant passer pour vous. Après avoir vérifié votre position dans l’organigramme de Delabel (DG, c’est ça ? Pardon, je n’avais jamais entendu parler de vous jusqu’à ce jour), j’ai vite compris que ce malappris avait usurpé votre identité. En effet, j’imagine mal quelqu’un “de votre calibre” s’abaisser à appeler le vil faquin que je suis, surtout pour l’insulter (“connard”, c’est bien une insulte, non ?) et le traiter de facho (j’en profite pour rappeler à cet hideux personnage, au cas où il soit aussi lecteur de Compact, que les mots “point de détail” sont dans la langue française depuis longtemps et non pas exclusifs à une personnalité assez désagréable de notre univers politique national). Entre deux imitations (moyennes) de bestioles bêlantes, clins d’œil appuyés au “brebis galeuse” du précédent épisode (notre homme est donc aussi farceur) et une invitation à me “prendre un poing dans la gueule” (pas avant la semaine prochaine, merci, j’ai un planning chargé), que j’écoutais malgré moi sans pouvoir placer plus de deux mots (et encore, pas plus de cinq lettres chaque !), sous les bravos silencieux de gens ricanant dans le fond (les touches “mains libres” ne sont décidément pas très fiables question discrétion), je fus surtout troublé par le fait que mon interlocuteur adepte du monologue énervé connaisse à ce point votre société et les gens qui y travaillent. C’est pourquoi, par ces quelques mots, je voulais vous avertir ; quelqu’un dans votre entourage se fait passer pour vous et vous veut du mal. J’espère de tout cœur vous avoir aidé d’une quelconque manière et vous propose, puisque maintenant vous ne m’êtes plus inconnu, de se rencontrer et/ou de discuter boulot…

Cordialement,

Christophe Goffette

Par Christophe Goffette
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Samedi 7 janvier 2006

Le samedi 7 janvier 2006, 10 h 09

On me demande parfois d’écrire des bios, des livrets, ce genre de choses… Curieusement, on a tendance à m’enfermer dans certaines cases, c’est assez révélateur, je trouve. De quoi, je vous laisse y réfléchir. Au rayon cinéma, par exemple, quelqu’un (mais qui donc a tiré le premier ?) a décidé un jour que j’étais LE SPÉCIALISTE français de Terry Gilliam ! Pour la simple et bonne raison que je suis en contact privilégié avec lui. Franchement, je ne me suis jamais présenté comme spécialiste de quoi que ce soit, et certainement pas de Gilliam. Bien sûr, je connais les films. Bien sûr, je connais l’homme (depuis presque quinze ans maintenant). Bien sûr, “je sais” des choses… Mais bon, n’importe qui acceptant de se laisser déborder par son cinéma et cette notion d’une idée par plan, qu’il est désormais l’un des derniers à défendre, est, je pense, capable tout autant que moi de parler ou d’écrire sur l’œuvre du monsieur. Anyway, on fait appel à moi assez régulièrement pour écrire sur le monsieur et, finalement, je dis presque toujours oui, car je préfère voir étaler mes conneries que celles des autres !… C’est ainsi que lorsque est sorti “ Lost In La Mancha ” en DVD chez nous, on m’a demandé d’écrire un texte. Ce texte, je l’ai pondu d’un seul jet, sans me relire (toujours pas relu à ce jour !), en vingt minutes. C’est assez souvent ma façon de procéder : je m’imprègne de mon sujet, je réfléchis, je laisse ma caboche bosser dans son coin et puis quand je sens que c’est mûr, je me lance, parfois pas loin de faire de l’écriture automatique. D’ailleurs, quand il m’arrive de me relire, parfois, souvent avec un décalage de 5 à 10 ans, je suis régulièrement surpris par mes textes, pour lesquels j’emploie notamment des tournures de phrase ou des mots qui ne me sont pas si familiers que ça.

Voici donc pour ceux qui n’auraient pas cette édition DVD collector gauloise, mon modeste hommage à Gilliam. Le texte étant découpé en six parties, je vous le livre ainsi, en six posts (ou comment gagner du temps quand on a promis d’envoyer un texte par jour et qu’on est tout péteux, après une semaine, d’avoir déjà loupé le coche –hier)…

A+

CG

Les aventures improbables de Terry Gilliam, part 8 et ½

Perdus dans l’espèce

Entre le cinéma et l’homme, c’est une vieille histoire d’amour. L’homme au cinéma, l’homme fait son cinéma… Une histoire vieille de plus d’un siècle. Malheureusement, c’est aussi une histoire de haine, de malaise, de mal-être… et bien souvent de compromis, de concessions. Ils sont nombreux ceux dont les carrières sont parties en vrille : tout a un prix, c’est bien connu ! Ainsi, aujourd’hui, le cinéma consommable-jetable règne en maître. Et puis, au milieu de tout ce fatras inextricable, de ces magouilles de petits affairistes bande-mous, de ces productions photocopiables à volonté, de ces produits de marketing sans âme à moins de 2 % de matière grise, il y a les véritables artistes et auteurs, au sens noble du terme, les enfants d’Orson Welles qui sont aussi un peu les petits-enfants de Méliès. Des types dont chaque parole et acte, chaque pensée et rêve, transpirent de cinéma, dans le plus total respect de l’intelligence du public, un plaisir commun et partagé toujours en ligne de mire, avec en filigrane le désir de secouer un peu les antédiluviens cocotiers poussiéreux du misérabilisme ambiant. Et ces artistes, à bien y regarder, sont devenus une espèce en voie de disparition. Non pas que certains n’en soient pas potentiellement -ou peut-être même en devenir, si l’on fouille avec attention les poches de résistance underground et alternative- mais parce que le business, puisque c’en est devenu un, n’a que faire du libre-arbitre, auquel il préfère le savoir-faire. On peut dompter et diriger une technique, pas une âme.

C’est ainsi qu’un par un, les cinéastes abandonnent la partie, mettant en boîte plus qu’en scène, filmant sans même le réaliser, quand ce n’est pas la faucheuse qui vient clore leur histoire à eux : Fellini R.I.P., Kubrick R.I.P., etc. Et puis, il y a les militants par défaut, ceux dont le noyau interne est si dur, si incompressible, que rien ni personne ne peut les faire dévier de leur voie, sauf en les empêchant de tourner ou alors en leur permettant seulement de tourner… en rond ! Tout ceci nous amène directement à notre sujet du jour, Terry Gilliam, qui, dernier bastion d’une certaine idée du cinéma (celui qui montre une idée par plan, alors que d’autres font des films entiers sur un semblant d’idée ; et encore !), dont la carrière est autant jalonnée de chefs d’œuvre que de projets abandonnés, avortés ou, dans le cas plus récent de “L’homme qui tua Don Quichotte”, purement stoppé net après quelques jours de tournage, dans les conditions dramatiques que vous savez ; ou que vous connaîtrez bientôt puisque vous venez d’acquérir “Lost In La Mancha”, making of qui n’en est pas tout à fait un…

Par Christophe Goffette
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Dimanche 8 janvier 2006

Le dimanche 8 janvier 2006, 11 h 23

 

Seconde partie (sur 6) du livret consacré à “ Lost In La Manche ”… La suite demain…

Les aventures improbables de Terry Gilliam, part 8 et 1/2

(2/6)

From Brazil, with love

En 1985, “Brazil” est montré au Festival du Film Américain de Deauville, en présence de Terry Gilliam, qui se paye le luxe d’une publicité pleine page dans la revue “Variety”, dans laquelle il demande simplement et clairement au producteur du film quand celui-ci daignera le sortir sur le territoire américain. En réponse, une version tronquée (avec une heure en moins !) sera montée, mais ne passera qu’en télévision ! C’est là l’un des faits d’armes les plus célèbres d’un réalisateur malgré lui en perpétuelle quête du Graal cinématographique et, par extension, en bataille rangée contre le système, mais pas le premier ! Des malheurs de Gilliam, on pourrait tirer un livre, une saga même, “Lost In La Mancha” n’étant qu’un déplorable chapitre parmi d’autres. Le plus malheureux et dramatique, à n’en point douter, encore que…

Il faut dire que, dès le premier jour de tournage de son tout premier film, “Sacré Graal”, pour lequel il partageait la réalisation avec l’autre Terry des Monty Python, Terry Jones, comme un mauvais présage, comme un avertissement sans frais que le ciel serait souvent nuageux, tout se déroula de travers ! En effet, les Python se réunissent, en ce 29 avril 74, sourires béats et la démarche légère, à Glencoe, en Écosse, traversent une rivière avec leur équipement, puis grimpent une montagne –toujours en sifflotant- pour arriver à l’endroit où a été construit le désormais célèbre “pont de la mort”. Tout le monde est en place, l’excitation est à son comble, le premier tour de manivelle va être donné… Et… Et la caméra tombe en panne !…

Gilliam en rit encore : “Tu parles d’un baptême, voilà qui m’a mis dans le bain tout de suite… Et ma vie de cinéaste est constellée d’expériences de ce type. J’ai aussi, avec le temps, la sensation que mes films font immersion dans mon existence autant qu’ils sont des projections déviantes de mon esprit, c’est assez indéfinissable comme sensation, mais je peux affirmer que c’est bien tangible”.

Une constatation d’autant plus troublante que ses films sont autant des poèmes que des manifestes, autant des rêves que des déclarations de poids. Il précise : “L’aliénation du personnage principal dans “Brazil”, c’est moi contre le système, ou plutôt le système qui se dresse contre moi, qui préfèrerais franchement travailler dans de meilleures conditions, sans qu’on vienne m’emmerder en permanence. Et ce Don Quichotte auquel je pense si souvent, c’est un peu aussi ce que je suis devenu, à batailler contre des moulins à vent, encore et toujours…”.

C’est dans l’adversité que l’on reconnaît les hommes forts et, au vue du parcours sans faute de l’Américain naturalisé Anglais, malgré donc un tombereau d’ennuis et de déconvenues de toutes sortes, force est de reconnaître qu’il demeure attaquable à loisir, mais intouchable, à sa manière, finalement. Il est de ces personnalités que l’on peut atteindre, mais jamais détruire, en somme. Il existe pour ce que sont ses films et ses films lui doivent tout, une sorte d’autarcie créative auto-nourricière unique en son genre, car basée justement sur ce qui fait l’unicité de ce génie hors normes.

Terry Gilliam : “J’ai cru que quelque chose s’était éteint après “Les Aventures du Baron de Munchausen” qui a été un summum dans le genre. Et puis, finalement, je me suis ressourcé sans même m’en rendre compte, avec “Fisher King” et je suis reparti de plus belle. Je ne sais pas si toutes ces galères me renforcent, je pense qu’elles m’affaiblissent tout autant, mais que je me sers de cette énergie du désespoir pour rebondir. Je ne peux pas abdiquer, je ne sais pas abdiquer et je suis persuadé que mes films, ceux qui existent déjà, ceux qu’il me reste à faire, mais aussi ceux que je ne ferais malheureusement jamais -mais qui sont en moi-, m’aident à être ce que je suis aujourd’hui. Ils m’ont forgé en tant qu’artiste et en tant que personne…”.

Par Christophe Goffette
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